COMMENT TROUVER SA LIBERTÉ INTÉRIEURE ET SE SENTIR ÉPANOUI ? LES CONSEILS DE CHRISTOPHE ANDRÉ


"il faut se délester de ce qui nous encombre, nous fait souffrir et fait souffrir les autres"

La liberté intérieure est sans conteste un chantier important de notre existence. Médecin psychiatre star des médias, Christophe André est l’un des meilleurs spécialistes français de la psychologie des émotions. Ses livres sur la méditation sont des best-sellers. Trois ans après le succès de son ouvrage avec ses amis Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, ils reviennent tous les trois avec un nouvel opus intitulé « À nous la liberté ».

La quête de toute existence est-elle de s’affranchir de nos prisons invisibles ?

Ce n’est peut-être pas une quête évidente, immédiate et quotidienne, mais c’est une vigilance à la construction, à la préservation de notre libération intérieure. Nos quêtes les plus spontanées vont vers le bonheur, l’amour, le plaisir, et elles sont légitimes. Mais si en arrière-fond on ne travaille pas sur nos interrogations, nos valeurs, la protection de notre liberté intérieure, alors ces quêtes de première ligne sont vouées à nous amener dans la souffrance.

Dans l’introduction du livre vous mentionnez la « métanoïa ». Pouvez-vous expliquer ce que c’est et en quoi elle peut nous aider ?

C’est un terme philosophique pour évoquer l’art de la transformation intérieure vers le mieux pour soi et pour les autres. Pour y parvenir, il faut se délester de ce qui nous encombre, nous fait souffrir et fait souffrir les autres.
Une sorte de clin d’œil au lecteur à l’heure où certains reprochent au développement personnel et à la psychologie de comporter une part d’égoïsme et de nombrilisme. Nous rappelons dans le livre que si mon intériorité est en friche, si je ne suis pas attentif à ma vie intérieure, je serais quelqu’un de plus facilement impulsif, égoïste, imprévisible, et je provoquerai plus de souffrance autour de moi.

Vous dites que ce chemin est universel. Quelle est votre définition personnelle de la liberté ?

Je cite Montesquieu, qui exprime que la liberté est la possibilité de faire tout ce que les lois permettent. La liberté extérieure, des comportements, des corps, des conduites, se déploie dans l’espace de ce que permettent les lois humaines, républicaines. Je peux faire ce que je veux du moment que cela ne fait pas souffrir autrui, que cela ne blesse ou ne lèse pas autrui. C’est assez simple, finalement.

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Mais la liberté intérieure obéit à d’autres lois, celles de notre cerveau, de notre esprit. Bien connaître la force de nos habitudes, de nos émotions, de nos conditionnements va nous permettre justement de faire exister cette liberté intérieure et de la ressusciter chaque jour. Car si on n’en prend pas soin elle tend à s’effacer derrière d’autres quêtes, comme le fait de s’occuper de choses matérielles, triviales, comme vider le lave-vaisselle ou répondre à ses e-mails. Des choses importantes, mais dont on ne peut pas dire qu’elles augmentent considérablement la liberté intérieure (rires).

Quelle liberté avez-vous personnellement trouvé en cheminant ?

Il me semble que j’ai pu construire et amplifier deux grandes libertés au fur et à mesure de mes efforts. D’une part la liberté par rapport au regard d’autrui. Même s’il est important d’être aimé par les autres, il faut aussi être capable de se dire que cela ne doit pas devenir une quête ou une condition sine qua non pour continuer à avancer.

L’autre libération se situe vis-à-vis de mes tendances anxieuses et dépressives. Peu à peu je ne les laisse plus piloter trop longtemps mon esprit, mes comportements, mes choix de vie. Elles sont toujours là et peuvent même me rendre service à petites doses, mais au fond je me sens beaucoup plus libre qu’autrefois. J’ai bien d’autres chantiers en cours mais ces deux-là m’ont apporté un mieux-être considérable.

Vous parlez d’obstacles à la liberté intérieure, et vous en citez un certain nombre : la dépendance, la peur, l’anxiété, le découragement, l’égocentrisme, le désespoir et également l’acrasie, assez méconnue…

L’acrasie est, un peu comme la métanoïa, un concept philosophique. Cela décrit toutes ces situations où nous savons ce que nous devrions faire, nous pourrions le faire en faisant un effort, mais nous ne le faisons pas durablement, pour retomber dans la facilité, les habitudes, les obsessions anciennes.

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Ce sont tous ces instants de notre vie où nous agissons (ou pas) à l’encontre de nos intérêts. L’acrasie est presque constitutive d’une vie humaine, comme tous ces petits combats du quotidien. Il nous a semblé intéressant de rappeler que c’était un phénomène normal, et qu’il n’y a pas tant de choses qui sont faciles dans nos vies quotidiennes.

Quels seraient les outils pour sortir de l’acrasie ?

En arrière fond de la libération de l’acrasie, il y a le non-jugement. Lorsque nous sommes confrontés à quelque chose qui nous semble difficile et que nous nous voyons ne pas le faire, en général on s’en veut, on se dévalorise, on se maltraite psychologiquement. On peut alors se dire « ne te juge pas, cherche juste l’approche technique, mets-toi dans la position du mécanicien face à la panne automobile. Il n’insulte pas la voiture, mais il cherche d’où vient le problème ». Parfois on ferait bien d’avoir sur nous le regard neutre du mécanicien sur la voiture.

Parmi les obstacles à la liberté il y a également la peur reliée à l’anxiété. Que peut-on recommander dans ces états où le mental s’emballe ?

Je pense important de rappeler que l’anxiété n’est pas un délire. Je me fais du souci pour une raison précise. Je n’invente pas forcément les problèmes, mais je les déforme, les amplifie. C’est l’effet loupe étudié chez les patients phobiques. En fait il s’agit d’un problème de signal d’alarme déréglé à recalibrer en apprenant à regarder différemment ce qui nous fait peur.

Écrire le cheminement de nos peurs et les considérer comme des hypothèses peut apporter un peu de recul, en répondant aux questions suivantes : « Quelle est la situation ? Qu’est-ce que je me dis à propos de cette situation ? Quel scénario catastrophe je construis ? Dans quel état cela me met ? Quelles seraient les possibilités alternatives, même si pour l’instant je n’y crois pas ? »

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Ensuite, s’entraîner à voir si nos prédictions anxieuses se réalisent souvent ou non. L’une des grandes erreurs des personnes anxieuses – et je suis bien placé pour en parler, car j’ai fonctionné comme cela longtemps – est qu’elles sont comme des devins de mauvaise qualité. Nous prédisons sans arrêt que les catastrophes vont arriver. Dans le lot, 99% ne se réalisent pas, et nous l’oublions pour nous souvenir uniquement du 1 % qui est arrivé.

Vous parlez de l’importance de maintenir différents cercles autour de soi et d’entretenir des rapports bienveillants et humains avec tous…

Oui, c’est la « théorie du soutien social », que l’on étudie beaucoup en psychiatrie. L’écologie de notre bien-être passe par l’écologie physique (un environnement calme au contact avec la nature), par l’écologie culturelle (ne pas être en permanence baigné dans la compétition et le matérialisme), et aussi par l’écologie relationnelle, qui est vitale.

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En étant en lien avec beaucoup d’autres personnes, j’accrois ma richesse intérieure et mes capacités de liberté intérieure. J’insiste sur le fait de ne pas seulement s’appuyer sur deux ou trois personnes de confiance qui restent notre noyau dur, mais aussi sur un second cercle de copains, connaissances, collègues de travail que je vois régulièrement, et même un troisième cercle de gens avec qui j’ai des contacts superficiels ou épisodiques, comme le commerçant au marché, etc. Ces tout petits échanges nous nourrissent chacun à leur manière et nous gardent en lien avec l’ensemble de l’humanité.

Vous dites que l’effort doit aller de pair avec la joie. À force de parler de lâcher-prise on a oublié la prise qui est de dire oui à la vie…

Je valorise les efforts joyeux par rapport à cette attitude contemporaine qui tend à valoriser l’absence d’effort. Les Italiens appellent ça la « spezzatura », c’est-à-dire le fait d’accomplir des choses difficiles l’air de rien, juste au talent. C’est souvent trompeur : les gens très bons dans un domaine, qui donnent une impression de facilité, ont derrière eux des centaines d’heures d’efforts. Ce risque de survaloriser le talent et de dévaloriser les efforts nous semble très contestable, car beaucoup de ce que nous atteignons dans notre vie résulte d’efforts. Malheureusement, trop peu résultent d’efforts joyeux.

Imaginez arriver au sommet d’une montagne déposé par un hélicoptère, ou bien avoir gravi toute la montagne avec des amis, en ayant senti les odeurs, vu les fleurs, observé les modifications du ciel… L’arrivée au sommet sera bien plus jubilatoire dans le second cas. Les efforts sont le cheminement et font partie de l’atteinte de l’objectif.

Vous témoignez justement de ces moments où vous rentrez le soir fatigué et où il vous faut encore prendre une personne qui va mal au téléphone. Vous vous demandez comment transcender cela en y mettant de la joie, pour être en pleine présence…

Il y a cette très belle phrase de Christian Bobin qui dit : « Tout ce qu’on fait en soupirant est taché de néant. » Quand je fais quelque chose à contrecœur, c’est un double gâchis, car je le fais en aggravant ma peine. Dans ce genre de situation, il y a un tout petit effort à faire avant, qui consiste à se demander quel est son but dans la vie et ce qu’on va accomplir à cet instant. S’il s’agit de secourir quelqu’un qu’on aime bien, alors cet acte a du sens, même s’il nous pèse.

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Et lorsqu’on parvient à surmonter sa réticence et à accomplir cet effort, on est heureux en raccrochant. Cela ne veut pas dire qu’il faut être dans la surdité par rapport à ses propres fragilités. Il est important aussi de savoir dire « non » régulièrement pour s’offrir de vrais « oui ». Mais parfois réaliser certaines choses qui nous pèsent avec un tout petit effort de reconnexion à nos valeurs nous permettrait de les accueillir avec plus de légèreté.

Comment agir dans le monde même si nous ne sommes pas au nirvana de la liberté intérieure, que nous n’atteignons presque jamais ?

En effet, si on attend l’alignement idéal avec soi-même pour s’engager dans l’action, on va attendre longtemps ! L’idée n’est pas d’être dans la liberté parfaite, car nous ne pouvons jamais être sûrs d’être totalement libres. Nous sommes sans arrêt en train de nous libérer d’émotions afflictives, d’obsessions matérialistes, etc. Mais une autre façon de se libérer est de s’engager dans l’action, dans l’accomplissement de ce que nous savons bien faire, de ce qui nous fait plaisir et de ce qui peut servir les autres. La réflexion et l’action sont deux vecteurs d’accomplissement complémentaires dont nous avons également besoin.

Retrouvez Christophe André au micro d’Anne Ghesquière dans Métamorphose, le podcast qui éveille la conscience.
 

FéminiBio

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