4 vertus à cultiver pour prévenir la colère


Par Thierry Paulmier

L’étincelle qui allume notre colère se trouve dans le monde extérieur mais le foyer où elle s’enflamme se situe en nous, dans notre personnalité. Lorsque l’on parle de maîtriser sa colère, on pense surtout aux moyens curatifs et peu aux moyens préventifs alors, qu’en matière de colère, mieux vaut prévenir que guérir. La prévention de la colère passe par l’acquisition de vertus qui permettent de la conjurer : la tempérance, la patience, l’indulgence et la mansuétude.

a prévention de la colère consiste à la priver de matériaux susceptibles de l’allumer et l’enflammer. Comme l’affirme Sénèque, « (l)’important, ce n’est pas la grandeur du mobile qui la suscite (la colère), mais la nature de l’âme où elle s’introduit. De même, à l’égard du feu, ce n’est pas son intensité qui compte, mais la place où il vient s’abattre. Il est des constructions massives que le feu le plus intense n’a pas entamées. Par contre, des matériaux secs, sur lesquels il y a prise, nourrissent une simple étincelle, jusqu’à en dégager l’incendie. »[1] La prophylaxie de la colère consiste donc à agir sur « la nature de l’âme », soit dit en termes modernes, à agir sur sa personnalité. Il n’est pas possible d’en changer le tempérament (la part biologique) qui parfois incline à la colère, comme lorsque l’on dispose d’un tempérament colérique ou sanguin. En revanche, il est possible d’en modeler le caractère (la part psychologique).

La prévention de la colère revient ainsi à développer des manières d’être qui empêchent l’irruption de la colère.Ces manières d’être sont des dispositions stables à agir d’une certaine manière plutôt qu’une autre qui sont acquises par l’habitude, ce qu’on appelle aussi des habitus. Lorsque ces dispositions stables à agir corrigent les émotions en vue d’un certain bien, on les appelle des vertus ; lorsqu’en revanche, elles accentuent le désordre provoqué par les émotions en vue d’un certain mal, on les appelle des vices. Les vertus contribuent à rendre maître de soi ; les vices rendent esclaves de ses émotions et de ses passions ; les premières s’acquièrent par la répétition d’actes libres moralement bons tandis que les secondes se forment par la répétition d’actes libres moralement mauvais. Les vertus agissent ainsi comme des digues qui empêchent les vagues d’émotions de déferler sur soi, de submerger la raison et d’emporter la volonté.

S’agissant de l’émotion de la colère, il convient de forger des manières d’être qui permettent de saper le principal phénomène qui la provoque : l’obstacle (entendu comme catégorie générale qui subsume l’ensemble des contraintes, adversités, limites, infériorités ou offenses que l’on peut rencontrer). Le coléreux est un entravé et un contrarié. L’obstacle lui cause privation et frustration. Il existe quatre manières principales d’agir sur l’obstacle, quatre attitudes morales à cultiver : l’éviter, le supporter, lui pardonner et ne pas l’agresser. En d’autres termes, il s’agit d’empêcher que l’obstacle apparaisse ; s’il apparaît, de le rendre tolérable ; s’il fait souffrir, d’éviter qu’il suscite de la rancœur ; s’il suscite de la rancœur, d’éviter de l’agresser. Ces vertus ont pour noms respectifs, la tempérance, la patience, l’indulgence et la mansuétude ou la douceur. Il n’est ainsi pas surprenant de constater que ceux qui ne possèdent pas ces vertus, les intempérants, les impatients, les sévères et les acariâtres, sont les plus portés à la colère.

[1] Sénèque, Lettres à Lucilius Tome I Livres I-IV, trad. Henri Noblot, Paris, Les Belles Lettres, 1995, Lettre 18, p. 76.

La tempérance

La première vertu dont nous avons besoin pour prévenir la colère est une vertu qui empêche que les obstacles surviennent, qui nous permette de rester éloigné des privations. Il faut donc qu’elle soit capable de réfréner nos désirs à l’égard des plaisirs sensuels, d’y introduire de la sobriété ou de la retenue. Cette vertu, c’est la tempérance.

En latin, temperantia signifie « modération, mesure, retenue » et « sobriété ». Elle consiste à modérer volontairement ses désirs à l’égard des biens sensuels (nourriture, boisson, sexe), à savoir les réduire ou les temporiser. Les plaisirs sensuels sont ceux qui attirent le plus car ils excitent les sens, ce sont donc ceux pour lesquels le moindre obstacle nous irrite.

En devenant tempérant, en maîtrisant ses désirs sensuels, en leur fixant soi-même des bornes, on s’évite une foule innombrable de frustrations qui conduisent à l’envie et, conséquemment, à la colère. La tempérance agit avant l’obstacle en l’empêchant d’advenir.

La patience

La deuxième vertu dont nous avons besoin pour prévenir la colère est une vertu qui permette de supporter les obstacles quand ils surviennent. Il faut donc qu’elle rende la douleur provoquée par la privation et la frustration soutenable. Cette vertu, c’est la patience.

En latin, patientia signifie « action de supporter, d’endurer ». En devenant patient, on parvient à tolérer la souffrance et, ce faisant, on s’évite de recourir à la colère pour tenter de la soulager. La patience agit quand l’obstacle survient en le rendant supportable.

L’indulgence

La troisième vertu dont nous avons besoin est une vertu qui permette de sortir de l’épreuve de l’obstacle (et de la rencontre avec son auteur) sans rancœur et désir de vengeance. Il faut qu’elle permette de pardonner à l’obstacle ou à son auteur. Cette vertu, c’est l’indulgence.

En devenant indulgent, on parvient à ne pas en vouloir à l’obstacle ou à son auteur et, ce faisant, on s’évite de recourir à la colère pour se venger. L’indulgence agit après l’irruption de l’obstacle en s’efforçant d’effacer la souffrance occasionnée par lui.

La mansuétude

La quatrième vertu dont nous avons besoin pour prévenir la colère est une vertu qui permette de s’interdire d’attaquer l’obstacle ou son auteur ; autrement dit, une vertu qui nous désarme. Cette vertu, c’est la mansuétude ou la douceur.

Le Littré la définit comme la « douceur d’âme sereine et inaltérable ». En latin mansuetus, signifie « calme, doux, tranquille (qui n’est pas agité) et apprivoisé (rendu moins farouche) ». La mansuétude a donc nécessairement besoin de tempérance et de patience puisqu’elle a pour effet d’apprivoiser. Le dictionnaire du CNRS la définit ainsi comme la « disposition morale qui incline à la douceur, la patience, au pardon. ». La mansuétude semble donc se composer principalement des vertus d’indulgence et de douceur : l’indulgence renvoyant à l’attitude intérieure de la mansuétude qui incline à pardonner tandis que la douceur renvoie à l’attitude extérieure de la mansuétude qui incline à agir sans blesser. La mansuétude est d’autant plus nécessaire que la colère réagit à la blessure. Le Littré définit ainsi la colère comme le « sentiment d’irritation contre ce qui nous blesse ». La mansuétude est donc la vertu la plus idoine pour lutter directement contre la colère.

Cultiver les vertus pour prévenir la colère au quotidien

Tout processus d’apprentissage nécessite une pratique régulière en vue d’acquérir des automatismes. Il en est de même pour l’acquisition des vertus. Pour devenir tempérant, patient, indulgent et doux il faut poser des actes répétés de tempérance, de patience, d’indulgence et de douceur. On propose ainsi de consacrer une journée par semaine à cultiver chacune de ces vertus : par exemple, dédier le lundi à cultiver la tempérance, le mardi, à cultiver la patience, le mercredi, à cultiver l’indulgence, le jeudi, à cultiver la douceur, et le vendredi, à cultiver la vertu que l’on a moins réussi à exercer au cours des jours précédents ou à pratiquer les quatre vertus en même temps.

Lors du jour consacré à cultiver la tempérance, il s’agit de se priver de bon cœur de certains plaisirs sensuels pendant toute la journée. Il n’est pas anodin que toutes les grandes traditions religieuses (judaïsme, christianisme, islam, hindouisme, bouddhisme) recommandent le jeûne et l’abstinence comme instruments pour maîtriser ses sens et ses passions et ainsi s’élever spirituellement. Si cela paraît difficile, commencez par un effort modeste et tâchez, semaine après semaine, de le rendre plus significatif.

Lors du jour consacré à cultiver la patience, il s’agit de « s’armer de patience » pour désarmer sa colère, d’accueillir de bon cœur tout obstacle qui se dresse sur son chemin en se rappelant le fameux vers de La Fontaine dans la fable « Le lion et le rat » : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». Si cela paraît difficile, rappelez-vous un épisode de votre vie où vous avez bénéficié de la patience des autres, sachez leur en être reconnaissant et utilisez cette gratitude pour faire preuve de patience à votre tour.

Lors du jour consacré à cultiver l’indulgence, il s’agit de se montrer compréhensif et bienveillant envers toute personne qui vous contrarie, d’accueillir de bon cœur ses défauts et ses faiblesses et de lui pardonner ses erreurs et ses offenses. Si cela paraît difficile, rappelez-vous un épisode de votre vie où vous avez bénéficié de l’indulgence des autres, sachez leur en être reconnaissant et utilisez cette gratitude pour faire preuve d’indulgence à votre tour.

Lors du jour consacré à cultiver la douceur, il s’agit de se laisser fléchir par la douceur, de se rendre proprement inoffensif, incapable de blesser quiconque en se rappelant le fameux vers de La Fontaine dans la fable « Phébus et Borée » : « Plus fait douceur que violence ». Parce qu’elle nous désarme, la douceur tend aussi à désarmer autrui, à abaisser ses défenses et à neutraliser son agressivité. On peut tout obtenir par la douceur car on touche autrui et l’émeut. Littéralement, « on le prend par les sentiments ». Si cela paraît difficile, rappelez-vous un épisode de votre vie où vous avez bénéficié de la douceur des autres, sachez leur en être reconnaissant et utilisez cette gratitude pour faire preuve de douceur à votre tour.

Outre cultiver ces quatre vertus, on peut aussi prévenir la colère en cultivant les émotions qui la neutralisent : la joie, l’admiration et la gratitude. Tant que l’on ressent l’une de ces émotions, il est difficile de se mettre en colère. En outre, ces émotions prédisposent à la tempérance, la patience, l’indulgence et la douceur.

Psychologies

 

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