Sexe : j’ai osé lui dire…


Par Monique Ayoun Giulia Foïs

Sexe : oser dire ce qui ne va pas

Le sexe, parfois, ça ne va pas ou ça fait mal. La plupart du temps, on se tait, faute de savoir comment le dire. Certains ont tout de même cherché, et parfois trouvé, les bons mots. Ils nous racontent. La sexothérapeute Laura Beltran décrypte.

Un soir d’hiver, copulation torride sur canapé. Pas terrible, en fait, mais on fait comme si. Et puis il lâche : « Remets-toi dans l’axe. » Aujourd’hui, j’en pleure de rire. À l’époque, ça m’a glacée. Quelque temps plus tard, on se séparait. « On ne peut pas avoir de relation sexuelle épanouie si on ne communique pas ou mal, explique Laura Beltran, sexothérapeute et coauteure du Manuel de sexologie (sous la direction de Patrice Lopès et François-Xavier Poudat, Masson). Il faut absolument dire ce qui nous plaît comme ce qui nous déplaît. »

Sauf que l’on n’ose pas. Pour épargner l’autre, d’abord. Par pudeur, aussi : on se dit que ces mots n’ont rien à faire là. Parce que l’on voudrait que ça aille de soi. « Les gens sexuellement incompatibles, ça n’existe pas, insiste la thérapeute. Le plaisir à deux, ça s’apprend. Ce n’est pas parce que l’on s’aime que ça marche naturellement. » Avec la révolution sexuelle, le sexe est devenu public; mais, dans l’intimité, la parole ne s’est toujours pas libérée. « Au contraire, cette surmédiatisation de la sexualité s’accompagne de nouvelles normes : il faut faire l’amour X fois par semaine, pendant X temps. Ce souci de performance inhibe la parole et empêche toute spontanéité. » Or, il est aussi nécessaire de savoir prendre le temps : « Il n’y a pas de règles universelles, de recettes miracles, poursuit Laura Beltran. Le plaisir est une découverte et un jeu à deux, propre à chaque couple. Oui au dialogue, mais attention à ne pas tomber dans le manuel d’instruction. » Question de dosage, donc. De mots et de moments choisis, aussi.

Samy, 50 ans : « Tu me fais mal »

Pendant des années, je n’ai jamais osé dire à ma femme qu’elle me faisait mal avec ses dents quand elle prenait mon sexe dans sa bouche. J’avais peur de la décourager dans cette excellente initiative. C’est pourquoi j’ai tenté d’aborder le sujet à l’aide d’un magazine. Il y avait tout un chapitre là-dessus. Je l’ai souligné au feutre rouge et j’ai laissé l’article bien en vue… Ma femme m’a fait la tête pendant trois jours. Nous n’en avons jamais parlé. Et le résultat, c’est qu’elle ne me fait plus jamais de fellation! »

Laura Beltran : « La réaction de la femme de Samy est compréhensible. Pas un mot échangé, pas de discussion possible, c’est quand même très brutal… Samy aurait dû en parler des années plus tôt. Mais les hommes ont plus de difficultés encore que les femmes à exprimer leur ressenti. Beaucoup n’ont pas appris à parler de sexualité autrement que pour en plaisanter ou frimer avec les copains. C’est encore plus vrai pour la génération de Samy. Certains magazines d’aujourd’hui ne les aident pas : pour avoir une sexualité épanouie, il y aurait une liste de choses à faire et une seule façon de le faire. On n’est plus du tout dans le registre du désir et du plaisir individuel. »

Nadine, 26 ans : « Caresse-moi encore »

Aujourd’hui, je suis plus à l’écoute de mon corps. Je commence à savoir ce qui me plaît en amour et je n’hésite pas à demander à mon partenaire ce dont j’ai envie, au moment où ça se passe. Pour moi, la parole est avant tout érotique. Je peux dire, par exemple : “Caresse-moi un peu plus les seins, j’adore ça.” Mais je ne dirai jamais que je n’aime pas, c’est bien trop agressif. »

Laura Beltran : « Nadine nous dit deux choses fondamentales. D’abord, qu’il est essentiel de connaître son propre plaisir. Ensuite, que la critique doit être constructive. Éviter : “Tu es trop brutal, je n’aime pas.” Proposer plutôt : “Je préfère quand tu es plus délicat.” Il ne faut pas hésiter à lui donner des pistes, à le guider. Ainsi, la fois suivante, il saura. »

Laure, 28 ans : « Sois plus doux »

Mon ami avait pris l’habitude, en guise de préliminaires, d’enfoncer très loin son doigt en moi et de remuer mon sexe comme si c’était une cloche : ça me faisait mal ! Mais comme je voyais bien qu’il croyait détenir un truc super, je serrais les dents et faisais semblant d’apprécier. Un matin, je lui en ai parlé et lui ai demandé d’être plus doux. Il est resté l’air hébété, sa tartine en l’air. “Tu m’as fait croire que tu aimais ça pendant tout ce temps-là?” Il ne m’a plus touchée pendant des semaines. Maintenant, tout va pour le mieux, mais si j’avais su, j’en aurais parlé immédiatement! »

Laura Beltran : « S’il faut laisser aux corps le temps de se connaître, n’attendons pas trop longtemps non plus. L’ami de Laure s’est senti berné. Elle a simulé, or la simulation de sa compagne est une inquiétude majeure pour un homme. Pire, le matin en question, il est parti au bureau avec ces révélations sur l’estomac. Il est essentiel de choisir le bon moment. Un dîner en amoureux, un instant de partage, un moment durant lequel on se sent bien…Surtout pas juste après l’amour : à chaud, le sujet est trop sensible, trop chargé d’affects. Le ton peu vite monter, du coup, on s’endort en se tournant le dos, et le rapport suivant est forcément difficile. »

Ingrid, 38 ans : « Je préfère être au-dessus »

Je suis mariée depuis cinq ans, mais c’est récemment que j’ai osé dire à mon mari que je préférais être sur lui ! Jusque-là, j’étais obnubilée par son plaisir à lui. Maintenant, je me sens plus à l’aise… Mais lorsque je dis que je préfère être au-dessus, ce n’est pas tout à fait vrai. En fait, toutes les positions sont bonnes dès lors que je peux me caresser en même temps; mais ça, je n’ai jamais osé le faire avec mon mari. Cela pourrait signifier que ce qu’il me fait ne suffit pas. J’ai déjà fait un grand pas en lui disant la position où je prenais le plus facilement du plaisir. Il a eu l’air surpris. Il m’a simplement répondu : “Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ?” »

Laura Beltran : « Beaucoup oublient leur plaisir pour se consacrer à celui de l’autre. Soyez donc égoïstes! Les stéréotypes ont la vie dure : les hommes seraient seuls responsables de la qualité du rapport sexuel. Ce serait à eux d’agir, mais sans être des machos. Résultat, ils sont perdus… Les femmes doivent en fait prendre une part active dans cette recherche du plaisir. Si Ingrid assumait ses caresses, cela pourrait aider son mari, voire l’exciter. »

Marion, 31 ans : « Continue ! »

Un détail me gêne quand nous faisons l’amour : mon ami lèche mon sexe, puis enchaîne assez vite par une pénétration, et alterne ainsi sans cesse. J’aimerais qu’il passe plus de temps sur chaque phase ! J’ai profité d’un dîner à deux pour suggérer que je n’aimais pas “être au four et au moulin”. Il a souri. Et cela n’a rien changé… »

Laura Beltran : « Il faut être plus explicite. Une pudeur excessive empêche l’échange. Bien sûr, les détails crus peuvent être un peu “tue l’amour”, mais ils sont nécessaires pour que l’autre s’y retrouve. Marion pourrait aussi essayer de comprendre pourquoi son ami alterne cunnilingus et pénétration. Elle devrait commencer par lui poser la question. La sexualité se construit à deux. »

Lionel, 41 ans : « Entraîne-toi »

La fille avec qui j’étais ne faisait pas de fellation. Un matin, en sortant de chez elle, je lui ai envoyé un texto : “Entraîne-toi à l’oral !” Elle m’a rappelé aussitôt, très en colère. J’ai dû la rassurer en lui disant que j’avais passé une merveilleuse nuit avec elle, mais que nous étions tous perfectibles et que, moi-même, je ne demandais qu’à me perfectionner si elle daignait me donner des conseils. Elle s’est radoucie et, la fois suivante, j’ai pu constater qu’elle commençait à approcher sa bouche de mon sexe. »

Laura Beltran : « Bravo pour l’humour, toujours utile pour dédramatiser la situation. Ça n’est pas grave si ça passe mal, parfois… Mais je doute que le texto soit le meilleur moyen de faire passer le message ! Je suis surtout frappée par le choix des mots : on est vraiment dans une dynamique d’évaluation. Peu importent ses sensations, désormais, il faut assurer… Difficile, dans ces conditions, d’être dans l’échange et le partage. »

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