Pourquoi perdre son animal peut être plus douloureux que perdre un proche


Par Isabelle Taubes

Pourquoi perdre son animal peut être plus douloureux que perdre un proche

Perdre un animal est parfois aussi douloureux, voire plus, que perdre un proche humain, un parent. Cette réalité scandaleuse et incompréhensible pour certains est attestée par des témoignages mais aussi par des chiffres.

« Le jardin n’a jamais été aussi beau, et toi, Foxy, mon amour, mon bébé, tu n’es plus là pour t’y prélasser ». Nathalie, 42 ans, vient de perdre son chat et pense qu’elle ne s’en remettra jamais. Six ans de vie commune avec cette boule de poils roux qui lui a fait passer des nuits blanches : « Il avait une maladie cardiaque et j’étais folle d’inquiétude quand il ne rentrait pas à l’heure pour ses médicaments. » Quand elle a avoué un peu honteuse sur Facebook qu’elle était plus effondrée qu’à la mort de son grand-père, une amie a aussitôt répondu qu’elle avait mis vingt ans à se remettre du départ de son Noiraud.

Nos chiens et nos chats finissent par faire partie de notre « moi », de notre univers intime. Très vite, nous ne concevons plus notre quotidien sans eux. Leur disparition provoque un séisme en nous, car elle réactive d’autres chagrins, d’autres deuils.

Animal ou humain, c’est le même deuil

Le comparateur d’Assurances Animaux-Relax.com a lancé une enquête sur la façon dont les propriétaires de chats et de chiens vivent la mort de leur animal et les chiffres sont éloquents. En effet, 95 % des propriétaires de chiens ont eu l’impression de perdre un membre de leur famille, 49 % ne s’en remettent jamais complètement, 39 % ont repris un animal « pour compenser » et 52 % avouent aimer ce dernier moins que le premier.

Du côté des amis des chats, le désespoir semble moins profond : 30 % en sortiraient au bout d’un an et seuls 9 % déclarent ne pas l’aimer autant que le précédent. Les liens avec les chats seraient-ils moins profonds ? Ces résultats tiennent peut-être au fait que leurs propriétaires sont généralement très investis dans la protection animale (plus que les maîtres de chiens selon les enquêtes). Ils relaient les annonces de propositions d’adoption et de recherche de familles d’accueil, se portent souvent volontaires pour héberger des félins en détresse, ou dont les maîtres sont en vacances. Ces activités qui les poussent sans doute à demeurer plus disponibles pour un autre animal que les maîtres de chiens. « Quand j’ai perdu mon Isis, morte d’un cancer à l’âge de 13 ans, après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai pensé que je devais rester d’attaque pour aider tous ces pauvres chats abandonnés, se souvient Joëlle. Je me suis engagée comme bénévole dans un refuge. »

Faire face au manque de soutien

Plus de la moitié des maîtres endeuillés n’ont pas trouvé d’appui suffisant pour surmonter cette épreuve. « Quand j’ai perdu, Lolita, ma petite chienne westie, les premières semaines, les gens me soutenaient. Or, six mois plus tard, j’étais encore à terre, confie Aurélie, 35 ans. Et là, ce que j’entendais c’était : « D’accord, elle était adorable, mais ce n’était qu’une bête, tu n’as qu’à en prendre une autre. »

Après la mort de son chien Will, le sociologue Michel Fize, ancien chercheur au CNRS, a vécu une expérience similaire. Il l’explique dans le livre qu’il lui a consacré, Merci Will, et à bientôt (éditions LGO) : « Il m’est impossible de l’oublier. Ce que j’ai vécu avec Will, c’est une histoire d’amour dont on ne se rend pas forcément compte sur le moment présent. C’était passionnel mais c’était une passion tranquille. (…) La vie de Will est une leçon de vie et de courage. Tous les animaux affrontent la maladie et la mort avec une volonté extraordinaire. Pourtant, le deuil animal est aujourd’hui considéré comme socialement incorrect, et on m’a souvent fait remarquer que ma douleur, pour un animal, était incompréhensible. On a parfois du mal à considérer que l’on puisse ressentir autant d’émotion, voire plus qu’à la mort d’un homme ou d’un membre de sa famille ».

Les découvertes récentes sur l’intelligence et la vie émotionnelle des animaux ont produit une prise de conscience. Nous savons désormais qu’ils sont des êtres sensibles, des individus ayant leur personnalité propre. Leurs propriétaires parlent d’eux comme des « confidents » irremplaçables, des « enfants », des « bébés ». Mais il reste difficile d’avouer qu’ils puissent compter autant que des amis humains.

Des psys spécialistes du deuil de l’animal

Pourtant, la plupart des psys reconnaissent que le deuil d’un animal passe par les mêmes étapes qu’un deuil classique : la tristesse, le déni, la colère puis une reconstruction intérieure. Certains se spécialisent même dans l’accompagnement des propriétaires endeuillés.

Dans un article intitulé « Comment consoler les maîtres », Annick Lavergne, psychologue au Québec, reconnaît que la perte d’un chat ou d’un chien » peut compter parmi les expériences les plus dévastatrices ». Elle encourage les proches de l’endeuillé à le soutenir le temps nécessaire à son rétablissement. En lui parlant de l’animal, en rappelant combien il était spécial, unique. « Dès que vous apprenez la mort de son compagnon, n’hésitez pas à le contacter (une visite, un appel, une carte de sympathie). Il n’est jamais trop tard pour offrir un soutien et des mots de réconfort. Ne cherchez pas à minimiser la perte : la personne doit pouvoir exprimer ses émotions. Soyez présent aux grandes dates anniversaire : le premier Noël, les premières vacances sans l’animal, la date anniversaire de son décès, car les sentiments liés à la perte risquent d’être amplifiés. Et si vous constatez une sérieuse détérioration de la santé de votre proche, que vous ne savez plus comment lui venir en aide, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé qui pourra vous orienter sur les meilleures pistes. »

Des groupes de parole pour dépasser la perte

Il existe désormais des groupes de paroles en ligne spécialement dédiés aux maîtres endeuillés. C’est un service que la Fondation Anna Evans offre gratuitement. Anna Evans est vétérinaire mais elle ne se contente pas de prodiguer des soins aux animaux malades. Une grande partie de son travail concerne la relation homme/animal. Elle fait partie de ces soignants de plus en plus conscients du besoin d’accompagnement des maîtres endeuillés. C’est Françoise Moulins, une psychologue et sophrologue qui travaille en étroite collaboration avec elle, qui anime ces groupes chaque mois. Aucun tabou dans ces échanges, il sera question de la disparition de l’animal, de la peine ressentie mais aussi de la meilleure façon de l’assister dans ses derniers instants : Que faire ? Comment gérer notre impuissance, notre peur, notre sentiment de solitude ?

Reprendre un nouvel animal

Si l’enquête d’Animaux-relax.com indique que souvent, un autre animal ne sera pas aimé autant que le premier, c’est peut-être que ce nouveau compagnon a été adopté trop vite. Le Dr Frantz Cappé vétérinaire auteur de Mon chat, mon chien va partir (Albin Michel) rappelle qu’il est possible de bénéficier d’une compagnie sans s’engager tout de suite dans une adoption : en devenant temporairement « famille d’accueil », en gardant les animaux de ses voisins le temps des vacances.

Aux personnes âgées qui craignent de ne pouvoir subvenir aux besoins d’un chiot ou d’un chaton, le Dr Frantz Cappé conseille d’opter pour « un animal déjà adulte, bien équilibré et sans problème de santé, qui sera un compagnon de tous les jours, sans la fatigue et la difficulté des premiers temps de l’éducation. » Et toujours, il faut laisser le temps accomplir son œuvre. « On se remémore alors les instants partagés et peu à peu, le manque se transforme en une nostalgie douce-amère : douce car les souvenirs agréables reviennent à la mémoire, amère car cela signe l’absence. C’est une façon de préserver une relation intérieure avec son animal disparu, la souffrance en moins. »

Quand le deuil se prolonge

« Me voyant encore déprimée, un an et demi après le départ de Maya, ma chienne labrador, une amie m’a conseillé de faire appel à une communicante animalière, une sorte de medium supposée capable d’entrer en contact avec les âmes animales, confie Juliane, 48 ans. Je suis quelqu’un de concret, les pieds sur terre. Les questions métaphysiques me laissent de marbre mais j’étais si triste que j’ai accepté. Perdre Maya, c’était comme si on m’avait coupé un bras, un membre. L’essentiel pour moi n’était pas la vérité mais la possibilité d’évoquer à nouveau le nom, l’existence, de ma Maya adorée ».

Dans les moments de grandes souffrance psychologique – et le deuil d’un animal adoré en constitue un –, nous sommes prêts à croire à d’autres dimensions, irrationnelles – spiritisme, voyance etc… Les « communicants » le savent et les messages qu’ils transmettent sont toujours de bonnes nouvelles, apaisantes. « Les maîtres endeuillés ont besoin d’être rassurés, de sentir que le lien avec leur compagnon n’est pas coupé, explique Isabelle Boey, psychothérapeute et communicante animalière dans le Sud de la France. L’amour avec l’animal est une sorte d’idéal : pas d’ambiguïté, d’arrière-pensées, de jugement. Le perdre, c’est se trouver plongé dans une solitude immense ». « Pendant que la communicante me parlait de Maya, je revivais mes moments heureux avec elle, se souvient Juliane. Elle m’a aidée à me déculpabiliser, à accepter l’idée que, pour ma chienne, c’était le moment pour partir, qu’il n’y avait pas d’autre choix ».

 

Psychologies

 

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