L’hyperconnexion nuit gravement au sommeil


Par Katrin Acou-Bouaziz

Comment le numérique perturbe notre sommeil

Peur de la solitude ou de lâcher prise pour s’endormir… le soir, la nuit, rester connecté nous évite d’affronter nos angoisses. Mais cela nous prive surtout de sommeil ! Les explications de Michaël Stora, psychologue et fondateur-président de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), auteur d’Hyperconnexion.

Psychologies : Pourquoi avons-nous tant de mal à nous séparer de nos écrans la nuit ?

Michaël Stora : Dans l’inconscient, s’endormir, c’est accepter symboliquement de mourir. Les adultes anxieux et nombre d’adolescents qui ont du mal à grandir, rencontrent donc des difficultés d’endormissement. Pour s’empêcher de sombrer dans les bras de Morphée et aussi pour éviter de se retrouver face à leurs propres pensées, ils inventent des stratégies comme celle de rester connectés sur leurs écrans. Ils focalisent leur attention sur une information, un jeu, une discussion, une recherche. Littéralement, ils « veillent ». Cela les rassure et diffère le moment « d’éteindre » et de fermer les yeux.

Le numérique a-t-il un impact sur la qualité de notre sommeil ?

Michaël Stora : La lumière bleue des écrans maintient le corps dans un état d’éveil artificiel. Dans certains jeux vidéo, il fait éternellement jour ! Sans compter la diversité de communautés et donc de fuseaux horaires. Il y a une vraie perte de repères et un impact délétère sur la qualité du sommeil. En reculant le moment de s’endormir, on ne respecte pas ses besoins, on « rate le train » de l’endormissement. Cela a aussi des impacts sur la qualité du sommeil paradoxal.

Est-ce aussi une façon de ne pas affronter la solitude ?

Michaël Stora : Oui, les écrans permettent de rester en contact avec les autres. C’est l’exemple des ados qui tchattent sous la couette jusqu’au milieu de la nuit comme la génération précédente qui restait pendue au téléphone. J’appelle cela la « présence de l’absence ». La nuit est aussi le moment propice aux rencontres virtuelles. Exactement comme dans la vraie vie, la nuit est synonyme de désinhibition. Personne ne nous surveille. Les barrières tombent. Il y a moins de pudeur. On se lâche sur les sites de rencontres comme on le ferait en soirée. Tout est plus simple pour aborder les autres. L’excitation de ces interactions retarde encore le moment de couper pour se reposer. On s’endort même parfois ensemble par webcams interposées.

Comment expliquer le réflexe d’allumer le smartphone au petit matin ?

Michaël Stora : J’associe ce rituel au FOMO (« fear of missing out »), c’est-à-dire la crainte de manquer une information essentielle, de passer à côté d’un évènement. Les personnes hyperconnectées (notamment via des fils d’info comme Twitter) veulent donc rattraper leur retard en se réveillant. Il y a une forme de joie à se connecter le matin, on ouvre la boîte de Pandore. Même s’il y a peu de nouvelles, certains ont été plus actifs. Ça peut donner du peps… 

Une bonne nuit avec le portable allumé, c’est possible ?

Michaël Stora : Je le déconseille. Mettre ses appareils sur mode avion est le plus logique. La nuit, on entre dans un autre temps, celui de la détente, de la réflexion. Pourquoi ne pas écouter le ronronnement d’une émission de radio si on a vraiment du mal à s’endormir ? Dans tous les cas, il est bon de marquer une rupture avec le flot d’informations de la journée. C’est crucial pour éviter le burn-out digital. De plus, pour les couples, il me semble qu’il existe d’autres occupations plus sympas que celles de rester chacun rivé à son écran dans le lit…

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