Le sexe est-il meilleur quand on est amoureux ?


Par Flavia Mazelin Salvi

Le sexe est-il meilleur quand on est amoureux ?

Dans « relations sexuelles », il y a le mot « relations ». Mais le lien affectif est-il un aphrodisiaque ou un frein à nos pulsions ?

« Découvrez votre point G », « Offrez-lui une nuit inoubliable », « Testez votre quotient sexuel »… Impossible d’échapper à ces injonctions, mi-sérieuses, mi-ludiques, dont la presse et les manuels de perfectionnement sexuel nous inondent. Aujourd’hui, pour être un bon amant, il faudrait, avant tout, être techniquement performant et émotionnellement désinhibé. Ce n’est qu’à cette seule double condition que l’on pourrait jouir sans entraves. Enfin.

Ce qu’on oublie pourtant, c’est qu’aujourd’hui comme hier, la sexualité n’est pas réductible à la rencontre de deux gymnastes. Derrière les corps, les caresses et les figures de la sexualité, se bousculent des émotions, des pulsions, des fantasmes et des sentiments. Refoulés, ignorés, sublimés ou sacralisés, ils mènent la danse et nous lient à l’autre.

« Dans l’expression « relation sexuelle », les deux termes sont d’égale importance, rappelle Mireille Bonierbale, médecin et sexologue clinicienne. Mais actuellement, malheureusement, l’accent est davantage mis sur « sexuel » que « relation ». Or, la relation sexuelle, c’est avant tout une rencontre : entre deux inconscients, deux histoires, deux désirs et deux corps. C’est cette complexité qui rend la sexualité passionnante, créative mais aussi fragile et menaçante, pour certains. Sans « l’autre », sans relation, il n’y a pas de sexualité. » Mais à une époque où chacun est sommé de régner en maître sur ses décisions, ses affects et sa destinée, la relation pose problème.

Inévitable dépendance

« Entrer dans la relation sexuelle fait peur, car cela oblige à rencontrer une certaine fragilité en soi. C’est la fin du règne de la toute-puissance. Alors, pour neutraliser cette crainte, on réduit l’autre à l’état d’objet de plaisir, on jouit de lui. On croit ainsi s’affranchir de la dépendance affective inhérente à toute relation humaine, explique la sexologue Catherine Blanc. C’est le but de tous ces guides techniques : nous rassurer en nous faisant croire que si l’on est techniquement performant, on peut jouir pleinement sans que les émotions et les sentiments ne viennent parasiter la sexualité. » Ressurgit alors la vieille question, d’autant plus irritante qu’elle se pose tôt ou tard à tous, même à ceux qui croyaient en avoir fini avec elle : sexe et sentiments sont-ils compatibles ?

Louis, 37 ans, célibataire, assume sans complexe son passé de « serial lover ». Depuis deux ans, il vit une relation intense avec une jeune femme aussi « intello que sexuelle », son vrai « alter ego », selon ses dires. Tout irait pour le mieux, si ce n’était pour Louis cette impression de plus en plus pesante de se sentir prisonnier d’un attachement qui, par moments, lui donne envie de disparaître sans laisser d’adresse.

« Je suis fidèle à Isabelle depuis deux ans, pas la moindre aventure, je n’en ai ni besoin ni envie. Mais j’ai réalisé qu’au fond, je lui en voulais d’être celle avec qui je m’éclate le plus dans tous les domaines. Sexuellement, c’est une révélation. Ça pourrait juste être génial, mais le problème, c’est que je me sens dépendant de la jouissance que j’éprouve avec elle. Je sais que je vais dire un truc aberrant, mais c’est comme si elle avait pouvoir de vie et de mort sur moi. Et ça, j’ai de plus en plus de mal à le supporter. »

Une analyse sauvage aurait tôt fait de conclure que, comme de nombreux hommes, Louis souffre du clivage « mère-putain » et que la femme qu’il admire ne peut pas être celle qui le fait jouir, mais pour le psychanalyste Gérard Bonnet, les choses sont un peu plus complexes. Selon lui, la question de l’attachement et de l’inévitable dépendance qui en découle, renvoie chacun à son port d’attache originel. La relation sexuelle serait le plus puissant des réactivateurs de notre inconscient. Tout ce qui nous a touchés, émus, liés, dans les premiers moments de notre vie, puis dans notre enfance, est d’origine sexuelle (au sens de sexualité pulsionnelle : les soins du corps, la nourriture, les caresses… ). Et ce que nous cherchons inconsciemment dans la sexualité, c’est revivre ce parcours.

« Lorsqu’on a été cajolé, désiré, aimé mais sans être étouffé par la mère, on va chercher à revivre dans la sexualité avec l’autre ces bons moments. Et le mélange « sexe et sentiments » ne posera pas problème, bien au contraire. En revanche, si ce premier lien a été marqué trop peu sécurisant ou au contraire dévorant, on va se protéger en ne prenant de la sexualité que la jouissance, pas la relation. A l’âge adulte, la maturité sexuelle, c’est parvenir à combiner de manière équilibrée génitalité et idéalisation de l’autre. »

De l’aventure au déclic

En clair, les sentiments ne doivent pas étouffer la pulsion sexuelle, et la pulsion sexuelle doit laisser la place à l’attachement. « Même si c’est pour une aventure passagère, explique Gérard Bonnet, on peut être en relation intense, intime, dans le partage et l’échange même pendant deux heures et avec une personne qu’on ne reverra pas. »

Fabien, 38 ans, s’est révélé sexuellement avec la femme qui aujourd’hui partage sa vie depuis huit ans. « Et le bonheur continue, précise-t-il. Avant Camille, je ne m’étais jamais complètement éclaté sexuellement, j’étais vraiment trop anxieux, je ne pensais qu’à faire jouir ma partenaire, qu’à avoir une érection qui tienne, bref j’étais un peu entre parenthèses. Même quand c’était des aventures d’un soir. Quand je suis tombé amoureux de Camille, il y a eu comme un déclic. Non seulement mes sentiments pour elle ne me freinaient pas, mais au contraire, le fait de me dire que c’était la femme de ma vie m’a permis de me « lâcher » en toute sécurité. Quand elle m’a dit qu’elle n’avait connu ça avec personne, je lui ai répondu : moi non plus. Les hommes ne savent pas de quoi ils se privent quand ils cloisonnent sexe et sentiments ! »

Mais l’attachement, l’irruption des sentiments dans le champ sexuel, n’effraient pas que les hommes. Marie au cours d’une analyse a compris, ou plutôt admis, qu’elle avait été un fardeau pour sa mère. Quatrième et dernière enfant de la fratrie, elle a passé la majeure partie de sa vie « à chercher à attirer l’attention sur elle ». « J’étais très séductrice, voire allumeuse, je multipliais les aventures, 100 % sexe. Mais dès qu’un homme voulait s’engager, je me débrouillais pour tout casser. Et puis après un licenciement, j’ai commencé un travail sur moi et là, j’ai compris que ce qui me faisait peur ce n’était pas l’attachement mais le fait de croire que l’on pouvait m’aimer sur la durée, que la sexualité pouvait être autre chose qu’un rapport de pouvoir sur l’autre. »

Le pouvoir de la jouissance

 

Pouvoir. Le mot est lâché. Pouvoir de la jouissance que l’on procure à l’autre ou que l’on lui refuse, pouvoir de la jouissance que l’on lui vole parfois. « Dans la sexualité, la notion de pouvoir est centrale, confirme Catherine Blanc. Elle est d’ailleurs dans l’expression « avoir ou donner du plaisir ». La sexualité, c’est essentiellement du pouvoir. Mais pas au sens de domination. Le vrai pouvoir sexuel, c’est d’abord le pouvoir d’être. D’être vivant, vibrant, conscient de soi et ouvert à l’autre. On peut avoir le pouvoir tout en étant apparemment passif ou objet de l’autre, et dépendant alors qu’on croit mener le jeu. »

Certaines patientes de Catherine Blanc refusent la fellation pour ne pas se soumettre à leur partenaire. Mais qui détient le pouvoir à ce moment-là ? Moi, pourrait dire l’homme. Moi, pourrait dire la femme. Nous deux ou bien ni l’un ni l’autre, pourraient dire deux partenaires réellement partenaires. Selon les sexologues, la question du pouvoir tarauderait davantage les hommes que les femmes. « Ils souffrent plus que les femmes de ce qu’ils imaginent être une relation de dépendance à l’autre, avance Catherine Blanc. Nombre d’entre eux préfèrent d’ailleurs faire jouir leur partenaire plutôt que de s’autoriser une vraie jouissance, un vrai lâcher prise. Ils ont ainsi l’impression de rester maîtres du jeu. »

Un moment de trêve

Martine, 42 ans, est mariée depuis sept ans. Sa vie sexuelle est satisfaisante : « Le désir continue à couler entre nous, même si parfois je me force un peu pour répondre à ses demandes. Donner du plaisir à son homme et en prendre avec lui, c’est quand même l’une des clés d’un couple qui fonctionne bien. Je pense que nous, les femmes, détenons ce pouvoir-là. » Ce pouvoir, Noémie, 32 ans, n’hésite pas à en jouer pour régler ses comptes. « Quand ça clashe avec mon copain, pas question de réconciliations sur l’oreiller. C’est la diète ! Je le touche là où ça fait mal. Parfois je fais l’amour de manière distraite, jusqu’à ce qu’il me demande ce qui ne va pas : alors je sais que je vais avoir toute son attention, qu’il m’écoutera pour de bon ! »

Si le sexe est la plus vieille des monnaies d’échange, Gérard Bonnet nous met en garde contre son utilisation régulière. « S’en servir comme d’une arme, c’est de la perversion et c’est courir tôt ou tard à la catastrophe. La relation sexuelle, comme son nom l’indique est une dynamique à deux et non un processus unilatéral. Faire l’amour doit être un moment de trêve, un îlot sensuel, émotionnel pour chaque partenaire sans qu’il se joue autre chose que de se donner du plaisir à deux. »

Il se pourrait bien, au fond, au-delà de nos cogitations anxieuses, que ce soit là la vraie, la seule raison d’être de la sexualité.

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