Laure Ignace : « Les enquêtes pour viol prennent un temps que les policiers n’ont pas »


Ces derniers jours, plusieurs plaintes pour viol contre des personnalités médiatiques ont été classées sans suite. Pour Laure Ignace, de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail (Avft), il est courant que les plaintes pour viol n’aboutissent pas.

Ces affaires étaient nées en plein contexte post #MeToo, ce mouvement de libération de la parole des femmes après la révélation du scandale Wenstein, en octobre 2017. La déferlante a encouragé les femmes à porter plainte contre les violences sexuelles qu’elles auraient subies. Les plaintes sont d’ailleurs en augmentation en 2018: +17% pour les plaintes pour viols, +20% pour les plaintes pour agression sexuelles, selon les chiffres publiés le 31 janvier par le ministère de l’intérieur.

FRANCE INTER : Plus de plaintes, et pourtant, des classements sans suite en cascade. Est-ce à dire que les femmes ne sont pas crues par la justice ?

Laure Ignace, de l’Association contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) : « Ça a toujours été courant que les plaintes pour viol soient classées sans suite. Selon les derniers chiffres officiels, 70% des plaintes pour viols en France sont classées sans suite. Ça varie de quelques points selon les années, mais c’est quasiment toujours les mêmes chiffres depuis des décennies. »

Qu’est-ce qui explique ce taux très important de classements sans suite dans les plaintes pour viol ?

« Dans les enquêtes préliminaires, pour arriver à recueillir des éléments de preuve qui vont conforter le récit d’une victime de viol, c’est un travail très long, qui demande d’entendre beaucoup de personnes. Dans la majorité des cas, les femmes déposent plainte pour viol contre des hommes qu’elles connaissent, et assez souvent, les plaintes sont déposées longtemps après. Dans ces cas-là, il n’y a pas de preuves matérielles (sperme, traces physiques de violences…). Ce sont donc, essentiellement, des enquêtes de témoignages: des proches qui ont reçu des confidences, ou qui ont vu  l’état de santé de la personne se dégrader au fil des mois et des années. Eventuellement, on peut trouver d’autres victimes des mêmes faits, dans les mêmes circonstances, et qui ne se connaissent pas entre elles. C’est ce qu’on appelle la technique du « faisceau d’indices graves et concordants », qui est applicable en matière de violences sexuelles. Ce sont des enquêtes qui demandent des moyens et du temps… que beaucoup d’enquêteurs en France n’ont pas.

Est-ce que vous avez le sentiment qu’il y a toujours une incrédulité face à la parole des victimes de viol, ou est-ce que les choses sont en train de changer ?

« Au niveau des services d’enquête, incontestablement, ça change. Globalement, on refuse beaucoup moins qu’avant de prendre les plaintes des femmes, ce que l’on constatait encore il y a quelques années. Maintenant, les policiers ou les gendarmes les accueillent plutôt convenablement. Mais ce n’est pas égal sur tout le territoire: il y a encore des victimes qui font l’objet de remarques extrêmement déplacées par les policiers qui les reçoivent, qui les culpabilisent, leur demandent pourquoi elles ne sont pas venues plus tôt… Ils mettent en doute, d’emblée, leur parole. »

Est-ce qu’en tant qu’association, vous encouragez les femmes qui disent avoir été victimes de violences sexuelles à aller porter plainte ?

« Nous n’encourageons jamais une femme à aller déposer plainte. On les informe qu’elles ont cette possibilité, que c’est une voie de droit qui va être longue, sinueuse, compliquée et difficile, mais que si elles veulent s’engager dans cette voie-là on sera à leurs côtés. On sait tellement ce qui les attend, la sinuosité de ces parcours-là, que ce serait une trop grande responsabilité de leur dire ‘il faut y aller’ alors qu’en réalité on connait la suite. Car ce n’est pas nous qui allons subir les interrogatoires, les expertises médicales, les expertises psychiatriques, les confrontations. Tout ça c’est elles qui vont devoir le vivre. Si elles le choisissent, on sera avec elles, mais on ne leur recommande jamais de le faire.

On va leur recommander lorsqu’on a un dossier extrêmement solide, avec plusieurs victimes qui se sont manifestées, éventuellement des preuves matérielles, là on va leur dire que ça va être plus simple pour faire condamner l’auteur des agissements. »

 

Franceinter

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