Faire face au harcèlement sexuel au travail


Faire face au harcèlement sexuel au travail

Faire face au harcèlement sexuel au travail – Charline Vergne

En France, le harcèlement sexuel sur le lieu de travail toucherait 20% des femmes. Que faire lorsque l’on est concernée ? Eléments de réponse avec le docteur en psychologie Marie Pezé et Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail ( AVFT).

 

Commentaire a priori anodin, contact physique occasionnel, avances répétées… Où commence le harcèlement sexuel ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’exerce pas forcément sur fond de menace. Ce sont des remarques qui portent sur l’apparence physique, une manière de s’approcher trop près. « Mettre sa main sur la cuisse d’une femme sans y avoir été invité, lui faire des commentaires sur son “joli décolleté plongeant” ou lui dire “tu es bonne ce matin” : c’est du harcèlement sexuel », énumère Marie Pezé, docteur en psychologie et responsable du réseau de consultation Souffrance et Travail.

Comment réagir à une agression ?

Un collègue ou votre supérieur hiérarchique vient d’avoir une parole ou un geste déplacés ? Il est normal que vous soyez en état de choc, que vous n’ayez aucune idée de la bonne réaction à adopter. « Mais même si c’est difficile, il est très important de rappeler immédiatement le coupable à l’ordre, assure Marie Pezé. Dites-lui calmement que vous n’êtes pas intéressée par ses avances, que le contexte légal a changé et que son comportement est puni par la loi. Cela vous permettra de rétablir un rapport d’égal à égal. » Mais il se peut que cela ne suffise pas toujours à calmer les ardeurs du collègue. Marilyn Baldeck constate que : « généralement, les coupables n’ont que faire du consentement d’une femme. Il ne s’agit pas d’une histoire de pulsion sexuelle mal maîtrisée. C’est une histoire de pouvoir. » Que faire, alors ? Selon elle, c’est l’entourage professionnel qui doit intervenir. « La loi pénale doit être rappelée. Mais également les règles qui régissent les relations professionnelles, les interdits posés par le code du travail, notamment l’interdiction de harceler. »

A qui demander de l’aide ?

Il convient donc d’en parler très vite aux interlocuteurs concernés. Vous pouvez vous adresser au médecin du travail, à la Direction des Ressources Humaines ou au CHSCT. Exposez-leur les faits : « Voilà ce qui vient de m’arriver. Je compte sur vous pour faire le nécessaire, afin que cela ne se reproduise plus. » N’hésitez pas non plus à prendre rendez-vous avec l’inspection du travail. Sa mission est de faire respecter la législation du travail, qui prohibe le harcèlement sexuel. Marilyn Baldeck conseille aussi de se tourner vers le médecin traitant si les problèmes persistent. « Les femmes essayent de tenir le plus longtemps possible, sans se mettre en arrêt maladie. Au contraire, il est très important qu’elles se confient à lui, pour qu’il puisse décider de les arrêter, dès lors qu’il constate des atteintes à leur santé. »
Vous pouvez également contacter les associations et consultations spécialisées. Elles vous guideront dans la marche à suivre et se tiendront à vos côtés du début à la fin. « Au sein de l’entreprise, la plupart des employés ne sont pas formés et ne savent pas comment gérer ce type de situations, constate Marie Pezé. Tout le monde craint de perdre son travail et la dimension sexuelle du harcèlement provoque un malaise. De ce fait, vos collègues pourraient avoir tendance à construire une “communauté du déni” : il ne s’est rien passé, personne n’a rien vu. »

Comment rassembler des preuves ?

Autre conseil de la psychologue : tenez un « carnet de bord » quotidien, dans lequel vous noterez précisément le déroulé des événements : dates, heures, remarques de l’agresseur, personnes à qui on a demandé de l’aide, leur réaction… « C’est très important, car cela va créer un faisceau d’indices concordants, qui facilitera la procédure. Cela prouve que vous tenez un discours clair, cohérent, organisé, identifié dans le temps et dans l’espace », analyse-t-elle.

Et si c’est seulement ma parole contre la sienne ?

Il faut savoir qu’en droit du travail, le principe de « ma parole contre la sienne » n’existe pas. « Cette formulation sous-entend qu’il n’y a pas de témoin direct lors des situations de harcèlement. Sauf que de toute façon il n’y en a généralement jamais, remarque Marilyn Baldeck. Pourtant, il y a bel et bien des condamnations, ce qui veut dire que l’on trouve toujours une voie de traverse. » Pour donner la preuve du harcèlement sexuel, le droit a organisé ce que l’on appelle l’aménagement de la recherche de la preuve. Elle permet à la victime de ne pas rapporter une preuve directe et complète du harcèlement sexuel qu’elle subit, mais seulement des éléments qui en laissent présumer l’existence. Cela veut dire que vous n’avez pas besoin de témoins directs. Vous pourrez présenter des textos, des mails que vous avez reçus, mais aussi avoir recours à ce que l’on appelle les « témoins indirects ». « Cela sera peut-être une amie. Elle n’a pas assisté à l’agression, mais vous vous êtes confiée à elle, explique Marilyn Baldeck. Elle pourra raconter ainsi : “je me souviens qu’un jour, en février dernier, Anna n’était pas dans son assiette. Je lui ai demandé ce qui se passait, elle s’est mise à pleurer. Elle m’a dit qu’elle avait des problèmes avec son patron… Qu’il avait des gestes déplacés.”  »

Que doit faire l’employeur ?

D’après l’article L. 4121-1, l’employeur est tenu à ce que l’on appelle « l’obligation de sécurité de résultat ». C’est-à-dire qu’il est dans le devoir de garantir à ses salariés des conditions de travail exemptes d’atteinte à la santé psychique et physique. Autrement dit, il doit tout faire pour les protéger. Comment ? En organisant la prévention primaire, en installant dans l’entreprise une politique de tolérance zéro. « S’il est saisi d’une telle affaire, il a l’obligation d’enquêter. Il ne peut pas botter en touche en disant qu’il attend le verdict du juge, assure Marilyn Baldeck. Il est tenu de mettre en œuvre une réaction immédiate et de tirer des conclusions de son enquête avant même que la justice se soit prononcée. » Ensuite, une fois les faits établis, l’employeur a une obligation de sanction envers le harceleur.

Ma carrière sera-t-elle impactée ?

Malheureusement, dans les faits la carrière des femmes est fortement impactée par le harcèlement sexuel. « 95 % de celles qui le dénoncent perdent leur emploi », avance Marilyn Baldeck. Souvent, parce qu’elles sont déclarées inaptes par la médecine du travail, ou licenciées. Mais aussi parce qu’elles ont démissionné car elles se sentaient en danger. L’autre risque, c’est d’être blacklistée, déplore Marie Pezé. « Le milieu du travail est encore très machiste, avec une vraie complaisance pour ce que l’on appelle le latin lover. » La veille encore, la déléguée générale de l’AVFT a reçu l’appel d’une jeune femme catastrophée. « Quelques semaines plus tôt, elle a démissionné d’un hôtel parisien où elle était victime de harcèlement sexuel. Aujourd’hui, même lorsqu’elle a l’impression que tout se déroule parfaitement bien, aucun de ses entretiens d’embauche n’aboutit. Elle est convaincue que les recruteurs finissent par contacter l’ancien employeur pour avoir une recommandation… »

Briser la loi du silence

Pourtant, les spécialistes s’accordent sur l’importance de parler du harcèlement sexuel, pour son propre bien-être. Se taire peut avoir des conséquences très graves sur la santé. « Bien sûr, vous vous trouvez dans une situation difficile. Souvent, matériellement, vous ne pouvez pas vous permettre de perdre votre travail. Mais malheureusement, l’expérience nous montre que vous ne pourrez pas garder ce poids pour vous éternellement », regrette Marilyn Baldeck.

Marie Pezé le rappelle : le harcèlement sexuel a les mêmes conséquences que le harcèlement moral. « Stress post-traumatique, troubles psychiques, dégoût de soi, atteinte à la féminité… Très souvent, on va observer des pathologies de la sphère gynécologique, des règles qui disparaissent ou deviennent hémorragiques. Parfois aussi un mauvais fonctionnement des ovaires, des cancers du sein et de l’utérus… »

Briser le silence permettra de sortir de sa position de victime, de retrouver sa dignité et le contrôle de sa vie. Mais aussi de rompre le cercle du harcèlement sexuel, pour éviter que d’autres personnes n’en soient victimes à leur tour.

 

Psychologie.com – Charline Vergne

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One comment on “Faire face au harcèlement sexuel au travail

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